Recherche

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Torchons et pâtés (Ecrits)

Jeudi 14 septembre 2006 4 14 /09 /2006 00:26

LOUIS

 

Du joli travail. J’avais vraiment fait du joli travail. Elle, elle avait rien vu venir. C’était l’heure où son couillon rentre normalement du boulot. Je le savais, et je savais aussi que ce soir il serait chez sa maîtresse. Elle avait laissé la porte de la cuisine ouverte, je me suis glissé derrière elle. Un coup de bâton asséné bien sèchement derrière la tête alors qu’elle préparait la tortore, et adieu ma jolie. Bon, qu’elle tombe droit sur la cuisinière, ça a fait un peu sale. L’odeur et le grésillement de son visage qui se met à adhérer à la poêle (merde, c’était du téflon, pourtant…) m’ont soulevé le cœur, mais il en faut plus pour me faire gerber. Je lui ai attrapé les cheveux pour la tirer en arrière et je l’ai laissé gésir au sol. Ca faisait un tableau assez spécial, entre sa joue resté dans la poêle et un bout d’escalope qui s’était collé sur son front…

Après ça, eh bien, j’ai foutu un désordre monstre dans l’appartement pour qu’on croie à un cambriolage. Jai tout retourné, j’ai pris ce qui traînait comme pognon, puis j’ai piqué un ou deux trucs de valeur que j’ai ensuite abandonnés dans une benne à ordure quelques rues plus loin. Classique, peut-être, mais efficace. Après tout, son jules n’avait pas précisé qu’il fallait que ce soit propre. Vu le montant de l’assurance-vie placée sur la tête de madame, il aura de quoi ranger son bordel. Voire le vendre en l’état et se tirer très loin. Les poulagas ne seront pas forcément dupes, je m’en doute. Mettre une assurance-vie sur sa femme au foyer, c’est un peu comme placarder une petite annonce qui dirait « Je vais faire assassiner ma femme » au commissariat du quartier…

Par Q1 - Publié dans : Torchons et pâtés (Ecrits)
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 15 septembre 2006 5 15 /09 /2006 11:30

JEAN-LUC

 

Le con ! Il m’a foutu un de ces bordels dans l’appart’ ! Moi qui voulait du sans bavures, me voilà servi. Et ma pauvre femme… Elle avait beau me casser les burnes, elle avait encore du charme. Enfin… Avant de se retrouver défigurée par une poêle et une escalope. Faut dire, c’tidée de mettre une assurance vie sur ma femme… Faut bien qu’elle me tienne par la queue, ma poule, pour que je me retrouve à faire tout ça. C’était son idée… Pour qu’on soit libre, nous deux. On met un contrat d’assurance-vie bien juteux sur la tête de ma grosse, un autre sur la tête de son crétin, on laisse passer un peu de temps à continuer de jouer notre comédie, comme on le fait depuis quelques années maintenant, et quand plus personne ne se doute de rien, on les élimine proprement l’un et l’autre avant de se barrer au soleil. Ah, putain… le soleil… Ch’uis pas près de le voir, tiens ! On est en septembre, l’automne s’est bien installé, et je suis coincé sur Paris pour un moment ! Le con ! Il l’a ratée, cet abruti ! Je lui avais demandé de tuer ma femme, pas de la défigurer ! Au moins, la police a l’air de croire à l’histoire du cambriolage qui tourne mal. Mais avant de pouvoir finir le boulot, on a un putain de long moment devant nous. En plus elle était censé se débarasser de son mari aujourd’hui… Si au moins elle a réussi celui-là, on peut s’en sortir…

Par Q1 - Publié dans : Torchons et pâtés (Ecrits)
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Samedi 16 septembre 2006 6 16 /09 /2006 00:14

CHRISTINE

 

Je suis blonde, ça d’accord. Je suis une cruche en mécanique automobile, ça je le sais. D’ailleurs tout le monde le sait. Et c’est tant mieux pour moi, tiens ! Parce qu’avant que ces messieurs de la PJ soupçonnent que je suis celle qui a limé les câbles de freins de la voiture de mon « sucre d’orge »… Y’a du chemin. C’est con pour eux : même blonde, je peux encore comprendre le bon schéma du bon bouquin. D’ailleurs, j’ai eu l’appel de l’hosto y’a pas une heure. Ils étaient au regret de m’annoncer que mon époux était décédé des suites d’un accident de la circulation. Sa voiture a traversé le terre-plein. Il a fait un tête-à-queue. Une Porsche en excès de vitesse s’est encastrée violemment dans sa portière. Ils ont passé une heure à le désincarcérer. Y'aurait pas eu ses papiers dans la boîte à gants, ils auraient même pas su qui appeller...Le conducteur de la Porsche est mort aussi. J’imagine que quelque part, il y a une femme de porschiste éplorée… Bah, elle se remettra vite quand elle prendra conscience du volume financier contenu dans les 10 chiffres du numéro de compte de feu son mari. En parlant de compte en banque, le mien va prendre du poids aussi… Et ce crétin qui n’a même pas réussi à tuer sa grognasse… Qu’il se démerde ! Moi, dès que feu-mon-mari est six pieds sous terre, je dégage sous le soleil des Tropiques. Je trouverais bien un homme bien bâti et gentil. De toutes façons, un chéquier bien fourni, ça attire toujours les hommes bein bâtis et gentils.

Par Q1 - Publié dans : Torchons et pâtés (Ecrits)
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 17 septembre 2006 7 17 /09 /2006 21:25

FRANCOIS

 

J’avais des doutes depuis un bon moment. Je savais bien que quelque chose ne tournait pas rond. Elle était distante, l’esprit ailleurs. Et je n’avais vraiment pas aimé ce sourire sur ses lèvres, que j’avais surpris alors qu’elle raccrochait le téléphone il y a quelques semaines.

Je me doutais que mon couple battait de l’aile… Mais à ce point-là ! Qu’elle veuille me piquer mon oseille, passe encore… Mais vouloir me faire me planter en bagnole pour en récupérer plus… J’ai vraiment eu du bol. J’suis quand même désolé pour le type qui m’avait fauché ma voiture ce jour-là, notez. Il ne méritait pas ça. Et je suis bien content d’être parti à la bourre et de ne pas avoir pris le temps de remonter l’informer du vol de voiture. Dorénavant, je prends le métro tous les jours ! Et je sens que je vais adorer sa tronche quand elle va me voir vivant. J’ai intérêt à faire gaffe, elle est foutue de me poignarder de rage sur ce coup-là. Et elle ne perd rien pour attendre… Elle oublie que lorsqu’elle a mis une assurance-vie sur ma pomme, j’en ai aussi mis une sur la sienne. Du coup, je crois qu’un suicide par ingestion massivement forcée de barbituriques fera bien mon affaire. A moi le soleil des Tropiques…

Par Q1 - Publié dans : Torchons et pâtés (Ecrits)
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 11 octobre 2006 3 11 /10 /2006 00:00
(cette rubrique était destinée à subir MES écrits, mais là je vais causer des écrits d'un autre)

Avec le ramdam qui tourne autour du film, j'me suis acheté le bouquin.
C'est atrocement décevant !

J'veux dire, merde, acheté à 14h30, fini à 19h ?!
C'est pas possible, je peux pas l'avoir déjà fini ?!
J'en veux encore !
C'est trop bon pour avoir une fin !

Ce bouquin, s'il y a des gens qui ne l'auraient pas encore lu, est fabuleusement bien.
D'abord parce que c'est le premier livre qui se sent plus qu'il ne se lit (bah, eh, forcément...), mais surtout parce qu'au delà de l'exercice de style olfactivo-littéraire, il raconte une histoire, une vraie, de celle dont il FAUT connaître la fin...

Vous vous souvenez de la première fois où on vous a raconté le petit chaperon rouge, que vous saviez que le loup avait bouffé mère-grand et que la gamine entre dans la pièce ?
C'aurait été inhumain d'arrêter l'histoire là, non ?

Eh bien, Le Parfum, c'est pareil. A chaque paragraphe.

J'crois que j'ai pas pris une claque comme ça devant un bouquin depuis... P'têt' bien depuis la fois où j'ai lu les fourmis, en cinquième, et que je suis arrivé en cours ultra-déphasé parce que j'avais fini le bouquin à 2h du matin...

Comment ai-je pu vivre 21 ans sans avoir lu ce livre ? Comment certains de mes lecteurs et lectrices peuvent ne pas l'avoir lu ? (allez, je sais qu'il y en a !)...
Non, le parfum n'est pas un livre chiant sur la fabrication de l'eau de toilette de Louis XV. C'est l'histoire d'un personnage fascinant, fou, mais génial, doté d'un nez absolu...
C'est l'histoire d'un tueur (je spoile rien, c'est le sous-titre : "Histoire d'un meurtrier"), c'est une description vivante de Paris au XVIIIe siècle, et surtout, c'est un bouquin qui se sent... forcément, me direz-vous.

Bref, au risque de passer pour celui qui croit avoir découvert l'eau chaude parce qu'il a tourné le robinet rouge, je finirais en disant : c'est un chef d'oeuvre !
Par Q1 - Publié dans : Torchons et pâtés (Ecrits)
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Jeudi 12 octobre 2006 4 12 /10 /2006 00:00
Manque d'inspiration , ce soir... je vais donc publier ici une petite histoire que j'avais écrite il y a quelques années de ça. Telle quelle à très peu de choses près, telle qu'écrite il y a 4 ans elle me plait toujours malgré quelques maladresses et manque de fluidité, mais c'est à mon image :))

Crumble aux pommes

 C’était juste un crumble aux pommes. Un brave crumble, pâte émiettée et pommes. Sucre de canne pour couronner le tout… Un simple crumble. C’est bon, le crumble, le sucré de la cassonade, mêlé à la pointe d’acide de la pomme, relevé par la pâte craquante… Un délice de dessert. Le crumble trônait sur la table, table sur laquelle l’avait précédés un taboulé au citron, un poulet et des pommes de terre frites, ainsi que le plateau de fromages sur lequel se présentaient Roquefort, Camembert, Petit Basque, et autres crottins de Chavignol…

 L’après-midi avait été ensoleillée, les enfants jouaient dans le jardin, les adultes discutaient vivement, d’autant plus vivement que la cinquième bouteille de Château Chinon en avait pris un sacré coup… Une belle après-midi où on prend plaisir à se faire plaisir, à prendre son temps, à discuter entre amis…

 La petite Irma, qui si elle avait atteint ses vingt ans il y avait maintenant six ans ne mesurait en tout et pour tout qu’un bon mètre cinquante-trois, était là comme à l’accoutumée, entourée de ses « amis »… Elle invitait ses amis au moins un dimanche par mois, Irma.

Irma : une étrange demoiselle, capable de se prendre d’affection pour une vache au point de la loger dans  son jardinet de banlieue… Cela fit son temps, et suite à une protestation massive des voisins, Marguerite avait été renvoyée dans une ferme du Millevaches moins de trois mois plus tard… Irma était quelqu’un d’étrange, mais était d’un classicisme navrant en ce qui concernait les prénoms… Son chien Médor, son chat Minou et sa vache Marguerite… difficile de faire plus banal…

Mais Irma n’était pas banale. D’abord par sa décoration corporelle personnelle, bien qu’elle préférât employer le terme « maquillage », ladite décoration consistait à se coller ces petits autocollants brillants partout sur le visage, en guise de troisième œil, de brillant sur l’oreille, de fausse larme au coin de l’oeil, et j’en passe. Sans parler du fard qui servait à cacher les disgracieusetés de temps à autre… Ce qui transformait un simple bouton en tas d’une couleur rappelant une vieille cicatrice blanchâtre, et faisait passer une éruption d’acné pour une greffe de la peau mal tolérée.

 Irma vivait donc dans un charmant pavillon de banlieue, célibataire souvent, elle ne crachait pas sur un mec de temps à autre et n’était pas pressée de se fiancer ou plutôt comme elle le disait elle même, de se faire passer la corde au cou…

Elle invitait du monde le deuxième jour du week-end pour boire et manger, se raconter les derniers potins, casser du sucre sur le dos des mégères, des salopes, des enfoiré(e)s qui vous pourrissent une semaine de dur labeur. Bref, des non-potes…  La détente normale, en somme…

 Ce dimanche là, en particulier, Irma avait préparé son gâteau fétiche : un crumble aux pommes, comme une ode à l’approche de l’automne. Le crumble fleurait bon la vanille, la cannelle, le sucre. Et la pomme aussi…

 Chacun se servit une part généreuse, et en coupa un morceau avec la cuiller. Emietta serait plus approprié, du fait de la nature même du crumble aux pommes, instable pâtisserie s’il en est.

 Irma, racontait la dernière au sujet de la secrétaire du troisième, la blonde un peu marie-couche-toi-là qui était passée secrétaire de direction alors qu’elle entrait en théorie comme adjointe secrétaire au service compta. Une qui ne devait son ascension qu’à la force des reins. Irma, donc, balançait sur la secrétaire du troisième des propos qui auraient pour le moins choqués un curé (quoique, on ne sait plus trop à qui se fier par les temps qui courent…) et enfourna dans sa jolie bouche une part de crumble. Le gâteau fut mâché promptement et avalé rapidement. Une petite miette, pas assez mâchée sans doute, décida que finalement, c’était mieux de l’autre côté et obstrua la trachée d’Irma. Irma s’interrompit dans son discours sur  la secrétaire, ses amis crurent à un effet de style. Ils changèrent d’avis en la voyant virer au bleu, alors qu’elle étouffait, toussant plus ou moins sans une chance de sortir la miette, suffisamment irrégulière pour laisser passer l’air expiré, suffisamment grosse pour permettre de suffoquer… Ses amis tentèrent une vague méthode de secourisme, mais n’est pas secouriste qui veut, et Irma n’eut en tout et pour tout qu’une côte cassée… Avant de mourir d’asphyxie, au moment où la sirène du S.M.U.R. appelé en urgence commençait à retentir au bout de la rue…

 C’était juste un crumble aux pommes.

 

 

Par Q1 - Publié dans : Torchons et pâtés (Ecrits)
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 20 mars 2007 2 20 /03 /2007 00:00
Ce texte est une réécriture d'une histoire qui avait germé cet été avec la complicité de Naomi. D'ailleurs, c'est elle qui m'a demandé de la réécrire sous forme d'histoire complète. Mais y'a pas de raison que le monde en profite pas.

Le Singe et le Papillon

Tout le monde sait à quoi ressemble le Monde. Une grande boule bleue, perdue dans l’Univers. Sur cette grande boule bleue, diverses créatures cohabitent plus ou moins harmonieusement.

 Parmi toutes ces créatures, il en existe peu qui soient capables de rêver.

Certaines de ces créatures sont des singes, semblables à ceux que nous connaissons. Parmis tous ces singes, en ce moment même, il en est qui dorment. Et parmi ces singes qui endormis, il y en a un qui fait un rêve bien particulier. Il est Le Singe.

Dans son rêve, il imagine des créatures qui seraient semblables à lui. Depuis qu’il s’est endormi, il a vu ces singes changer, perdre leurs poils, se redresser sur leurs pattes arrière, grandir, communiquer par un langage construit… et finir par s’appeler « les humains ».

Il a vu ces humains se faire la guerre et faire la paix. Il a vu ces humains créer des choses folles. Il a vu ces humains être les pires et les meilleures des créatures.

Il a vu ces humains organiser des sons et en faire ce qu’ils ont appelé de la « musique ».

Et il a vu cette musique évoluer à son tour, pour arriver à ce qu’ils ont appelé le Heavy-Metal.

 Le Singe dans son sommeil secoue lentement la tête en rythme avec la musique que les humains jouent.

 Ces humains croient qu’ils vivent, aiment, et meurent. En fait, ils ne sont que des créatures imaginées par Le Singe dans son sommeil.

 Tout le monde sait à quoi ressemble le Monde. Une grande boule bleue, perdue dans l’Univers. Sur cette grande boule bleue, diverses créatures cohabitent plus ou moins harmonieusement.

 Parmi toutes ces créatures, il en existe une seule qui soit capable de rêver.

Cette créature est un papillon. Personne ne sait à quoi il ressemble, car personne ne l’a jamais vu. Ce papillon a bien des semblables, mais il est le seul à pouvoir rêver. Il est Le Papillon.

 Un jour il s’est posé sur une fleur de pavot, et en a bu le nectar, comme il l’eut fait de toute fleur. Instantanément, il s’est mis à rêver, la trompe toujours reliée à la fleur, l’alimentant en nectar de façon continue.

 Et il a rêvé d’un monde où un singe, Le Singe, rêve d’humains en secouant la tête. Il a aussi rêvé qu’un jour, Le Singe s’éveillerait. Et que, stimulé par le heavy-metal, il prendrait deux pierres et les frapperait l’une contre l’autre avec vigueur pour retrouver ce rythme perdu à son réveil.

 Et de ces pierres, Le Singe ferait jaillir des flammes. Et créerait Le Feu. Alors, les singes le suivraient, se mettraient à perdre leurs poils et à se dresser sur leurs pattes arrières, et grandir, et communiquer, et se nommer eux-mêmes les Humains…

 De tout cela, Le Papillon rêve…

 

…mais qui rêve du Papillon ?

Par Q1 - Publié dans : Torchons et pâtés (Ecrits)
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Samedi 12 mai 2007 6 12 /05 /2007 00:00

Encore une fois, je vais faire le mec qui découvre la poudre alors qu'on vient de développer l'atome, mais je suis tombé sur un excellentissime bouquin, ce serait dommage de ne pas en faire profiter le monde.
Enfin, le monde... le tout petit monde de mes lecteurs.
Un Tout Petit Monde, c'est une vision mordante du monde des congrès littéraires. D'accord, l'intrigue se déroule à la toute fin des seventies, mais c'est transposable à n'importe quelle époque.
J'allais dire que le seul détail qui ferait un peu tache aujourd'hui, c'est l'innocence du héros, doux rêveur romantique, débarqué de Limerick dans un congrès paumé où il tombe amoureux d'une doctorante sublime.
Mais comme il s'agit d'un roman choral où les destinées d'un petit nombre de personnes se croisent, interfèrent les unes avec les autres et se recroisent, et qu'en plus notre héros est quand même passablement naïf, je pense que le terme susmentionné est un peu fort.

Il n'y a pas de héros dans Un Tout Petit Monde, il y a une galerie de personnages truculents, de chercheurs recouvrant à peu près tous les clichés possibles, et surtout il y a une mine de références littéraires qui sont la cerise sur le gâteau pour qui les saisit et un peu de culture en plus pour qui ne connaissait rien au sujet.

Parce que même si on parle de choses pointues, on en parle de façon à ce que le lecteur quel qu'il soit se laisse porter par le fil de la narration. De toutes façons, même avec des bases dignes de ce nom en littérature, on en découvre pas mal.

Pour résumer, que vous soyez littéraire ou pas, ce livre est pour vous, et vous réserve d'excellents moments.

Par Q1 - Publié dans : Torchons et pâtés (Ecrits)
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 27 juin 2007 3 27 /06 /2007 00:00
Chapitre Premier - Où l'on rencontre un Navet doué de parole.

Ed se promenait dans la forêt. Une forêt  normale, pleine de  marshmallows. Comme toute forêt, il y vivait nombre d'animaux communs tels la buse, le lapin, le chevreuil, ou le redoutable galloufon sylvestre. Mais le redoutable galloufon sylvestre de cette forêt, sa galouffonne et ses galouffonets se trouvaient actuellement en estivation, puisque c'était l'été.
On aurait pu dire de Ed qu'il se promenait, comme il a été fait en cet incipit, mais cela serait, et est donc, inexact.
Ed marchait. Certes, il ne marchait pas bien vite, mais c'était plus dû à une volonté de ne pas gaspiller ses forces qu'à une volonté de contempler les sous-bois.
En passant près d'une cascade dont la belle couleur jaune indiquait clairement sa forte teneur en sucre, puisque comme toute cascade digne de ce nom elle  laissait écouler un flot glougloutant de vin blanc (un vin moëlleux de fort bon goût dans le cas présent), Ed avisa et ramassa un navet qui se trouvait là, posé au sol.

«Lâche-moi, abruti !
- Qui me parle ?
- Quand je disais abruti, c'était surtout pour exprimer une colère somme toute légitime, et bien que je vous prie de m'en excuser, je commence à me demander si je n'ai pas été carrément clairvoyant...
- Bon sang, dit Ed, baissant les yeux, c'est un navet qui parle !
- Ah, finalement vous êtes bien moins abruti que je n'ai pu le penser, renchérit le navet. Mon jeune ami, je conçois que ma logorhée puisse vous déconcerter de quelque façon, et pour des raisons qui me paraissent évidentes : vous êtes victime un préjugé largement répandu sur nous autres, Brassicacées, qui voudrait que nous soyons des racines dénuées de tout organe nous permettant d'employer la communication orale...»

Complètement abasourdi, Ed laissa le navet parlant continuer :
«Enfin, je ne vous en tiendrai pas rigueur, mon bon. Mais par pitié, lâchez mes fanes, la tension occasionée à ce que  par un anthropomorphisme de bon aloi je vais appeller mon cuir chevelu est intolérable.
- Oh pardon !, bafouilla Ed en reposant le navet au sol.
- Je vous en prie, pas de quoi. Mais puisqu'il semble que nous ayons pris contact, je vous prie de m'informer de votre identité, non pas que je vous y oblige, mais je prendrais cela comme une marque de courtoisie que je me ferais un plaisir de vous retourner !
- Euh... Ed, annonca celui-ci d'un air perplexe.
- Ma foi, voilà une réponse laconique. Enfin, je suis ravi du fait que, malgré ma tendance à transformer la plus anodine des phrases en expression riche comme le régime d'un sumotori, vous sembliez suivre mon propos sans plus d'obstacles que ça.
- Et euh..., re-bafouilla Ed, toujours aussi perplexe.
- Mon identité, bien sûr ! Chose promise, chose due, n'est-ce pas ? Eh bien, mon cher Ed, je suis comme vous le voyez un navet. Le nom que mes semblables utilisent pour s'adresser à moi vous serait impossible à retenir, puisque vous ne pourriez pas l'entendre. En effet, entre navets nous communiquons sur une longueur d'onde fort différente de celle que votre ouïe peut percevoir, et nous utilisons des sons qui n'ont rien à voir avec les phonèmes humains. Notre langage est partie intégrante de la famille des langues Apiacées, bien que certains aspects le rapproche de la famille des langues Solanacées. Mais baste ! Appelez-moi simplement "Le Navet".
- Le navet ?
- Non, mon cher, pas exactement... Je vous fais montre d'estime en vous appelant Ed, n'est-ce pas ? Alors, afin que nous restions en bons termes, appelez-moi "Le Navet". Mettez-y une majuscule, que diantre ! Je ne suis pas arrogant, mais à la mine que vous arborez depuis le début de notre entretien, je peux sans risque présumer que je suis le premier navet qui vous adresse la parole. Ainsi, différenciez-moi de mes congénères et appelez-moi "Le Navet".
- Le Navet ?
- Voilà. Vous y êtes. La Majuscule, très cher, la majuscule...
- Le Navet.
- Si fait.
- Eh bien, bonjour, Le Navet.»

Une foule de questions se bousculaient dans la tête (quelque peu malmenée ces derniers temps) de Ed. Mais la plus pressante, dictée par une forte curiosité et d'une certaine façon par la courtoisie, fut celle qu'il prononça :
«Mais comment êtes-vous arrivé ici ? Je veux dire, les navets vivent dans le sol, et question locomotion vous me semblez quelque peu handicapé, non ?
- Je salue votre perspicacité, Ed. A vrai dire, je suis tombé du sac d'un paysan qui m'avait emmené avec lui. Il me semble qu'il se dirigeait vers la capitale où il comptait me vendre ainsi que certains de mes congénères arrivés à maturité dans la terre de son lopin.
- Et que comptez-vous faire ?
- Eh bien, je suis absolument navré de devoir faire appel à votre générosité alors que nous nous connaissons depuis si peu de temps, mais je me demandais si vous pourriez m'emmener avec vous, que ce soit vers la Capitale ou ailleurs...
- Je n'ai pas d'endroit à moi où j'aurais pu vous planter, et je n'ai pas vraiment de but à mon voyage. Où souhaitez-vous aller, Le Navet ?
- Puisque j'étais destiné à être vendu dans la Capitale, et puisque vous ne semblez pas avoir de destination particulière, je suggère que nous nous y rendions. Dans la Capitale, j'entends. C'est un endroit qui sied à merveille à ceux qui cherchent le dépaysement, l'aventure, la fortune, ou simplement quelque chose à faire.
- Je n'ai que peu d'argent, pas d'endroit où je désire vraiment aller ni ou je puisse être accueilli, et pas de compagnie en cet instant. Le Navet, c'est dit, je vous emmène à la Capitale. Nous aviserons de la suite des évènements quand nous y serons.

Et c'est ainsi que Ed reprit son chemin à travers la forêt, désormais accompagné d'un navet doué de parole et qui ne se privait pas de faire montre de ce don. Il avait désormais une destination précise, ce qui allégeait quelque peu son pas. Ceci dit, son pas restait tout de même prudent. Car si le Galouffon Sylvestre était en estivation, on ne pouvait pas en dire autant des orvets mandibulés.

(à suivre)
Par Q1 - Publié dans : Torchons et pâtés (Ecrits)
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Jeudi 28 juin 2007 4 28 /06 /2007 00:00
Chapitre Second - Où l'on rencontre un orvet mandibulé

Ed marchait sur un chemin de formica naturel qui serpentait entre deux massifs de marshmallows, Le Navet dans sa besace ouverte.
Comme il a été dit précédemment, il ne craignait pas le moins du monde de tomber sur un gallouffon sylvestre (pourtant digne de crainte), puisque ce dernier estivait. Il avançait cependant d'un pas prudent car il lui était venu à l'esprit qu'il n'était probablement pas de la plus haute finesse de se promener en compagnie d'un navet, fut-il parlant, dans une forêt connue pour ses orvets mandibulés, eux-même connu pour leur amour immodéré des légumes.

Si Ed avait su que l'orvet mandibulé n'a pas d'ouïe digne de ce nom, il ne se serait pas donné autant de mal. S'il avait su que les orvets mandibulés repèrent leur pitance à l'odorat, et qu'une fois la proie repérée ils se dirigent vers elle en rampant assez lentement pour ne pas l'effrayer avant de bondir dessus tel la loutre bondissant sur le ramoneur, si Ed avait su tout cela, il n'aurait pas été jusqu'à refuser de transporter Le Navet, mais au moins il aurait pris la décision qui s'imposait : traverser la forêt le plus vite possible et en limitant les odeurs dudit Navet.
Parce que s'il y a une chose qu'Ed savait au sujet des orvets mandibulés, c'est que s'ils étaient friands de légumes, des orvets d'un mètre de diamètre ne faisait pas vraiment dans le détail quand il s'agissait de bouffer. Car s'ils avaient un goût immodéré pour les végétaux, seule la viande encore tiède avait une chance de leur fournir assez de calories pour survivre.

Et quand un orvet mandibulé tombait au détour de ses pérégrinations pré-dînatoires sur une fragrance qui, à n'en pas douter, était le fumet émanant d'un navet de fort beau gabarit porté par un humain croquant, l'orvet en question se retrouvait attiré par la source dudit fumet comme le crève-la-faim se retrouvait attiré par un steak de castor grillé.

Or donc, Ed avançait lentement, poursuivi à son insu depuis quelques minutes par un orvet qui avançait tout aussi lentement, gagnant mètre après mètre sur ses proies. Cette course poursuite infernale aurait pu durer longtemps, car l'orvet en question se trouvait à un bon kilomètre de Ed. Mais par un funeste hasard, Ed commençait alors à avoir chaud sous les frondaisons des batavias géantes qui poussaient depuis le haut du massif marshmallesque.
Et par un hasard plus funeste encore, son chein passait tout près d'une mare fraîche. Si ses cascades s'écoule du vin blanc, il va de soi qu'une mare ne peut être que d'eau. De vie, s'entend. Et donc, laissant Le Navet dans sa besace, Ed s'était dénudé et barbotait joyeusement dans l'eau de vie fraîche.

Un hurlement déchira l'air...
«Eeeeeeeed ! A moi ! Pour l'Amour de tout ce qui est sacré, aidez moi !‼», hurla Le Navet alors que les mandibules de l'orvet dont il était question plus haut commençait à s'enfoncer dans sa chair.
Ed se retourna et lâcha un juron qu'il est impossible de reproduire ici sans encourir les foudres de la Censure.
«Dépêchez-vous Ed ! Ce bougre de bestiau me chatouille terriblement ! Je ne puis résister indéfiniment à cette torture ! Faites quelque chose !
- Chatouiller ?!, fit Ed, interloqué.
- Oui-hihihi ! Si ces bestiaux sont prompts à gober un animal ou un humain tout cru, ils sont en revanche bien moins pressés quand il s'agit de se délecter d'un légume dont ils savent parfaitement qu'il ne peut s'enfuir ! Par conséquent, ces sales bêtes rongent les légumes avec une lenteur digne d'une torture Dyrzhâne ! Houhouhouhou ! Eeeeeeeed ! Faites quelque-hahahahaha-chose !
- Mais quoi ?, cria Ed au navet, sans peur d'attirer l'attention de l'orvet, celui-ci étant (rappelons-le) tout à fait sourd.
- Héhéhé ! Hihihi ! Hohoho !, n'articula pas Le Navet.
- Lui jeter de l'eau ? Mais il va s'en prendre à moi !
- Héhéhé ! Hihihi ! Hohoho !, répéta Le Navet hurlant de rire.
- Ohhh, bon sang... Et puis mince !»

Ed lança une grande giclée d'eau de vie sur l'orvet, qui cessa dans l'instant de mordiller Le Navet de ses mandibules acérées pour se tourner vers Ed, l'air fort peu engageant, cliquetant des mandibules.
Ed recula dans le bassin, et jeta de nouveau une grande brassée d'eau de vie froide sur l'orvet, qui feula de rage0 restant sur le bord de la mare, redressé sur huit pieds de haut, la mandibule toujours plus cliquetante.
Voyant qu'il ne semblait pas parti ni pour attaquer, ni pour plonger vers lui, Ed arrosa de plus belle le reptile, qui commença à onduler sérieusement, avant de s'effondrer le ventre en l'air, immobile. Ed sortit prudemment de l'eau et constata que l'orvet emmettait un son curieux, mais indéniablement assimilable à un ronflement.

«Alors là, Ed, je vous tire mon chapeau, métaphoriquement, cela va de soi. je suis tout simplement stupéfait de ce retournement de situation ! Ce fauve, ce monstre, cette bête féroce, qui eu cru qu'elle résistait si mal à l'éthanol contenu dans l'eau de vie de la mare ? Non, vraiment, je suis, pardonnez-moi l'expression, sur les fesses, de nouveau métaphoriquement parlant... Vous m'épatez complètement !
- Ben, c'est vous qui m'avez dit de...
- Comment donc ? Mais pas du tout ! Je disais "Montez lui sur le dos"... je suis navré que ces zygomatisations incontrôlées m'aient fait mal comprendre... En plus, c'était extrêmement risqué : ces bestioles sont d'excellents nageurs, vous savez ?
- Je crois que je préfèrais quand l'orvet vous chatouillait de la mandibule, tout compte fait» lança Ed , les jambes flageolantes suite à une effrayante prise de conscience.

Le Navet se tut, quelque peu vexé. Ed le remit dans sa besace, qu'il prit cette fois soin de fermer, et une fois rhabillé, il reprit sa route à travers la forêt d'un pas alerte. Bientôt, il fut sorti des bois (enfin, des batavias), contemplant à perte de vue le paysage désolé des Plaines de Craie. Ce qui le situait à une bonne semaine de marche de la Capitale, et six bonnes heures de la prochaine auberge. Autant dire qu'il allait lui falloir marcher à bon pas s'il voulait y être avant la nuit.

(à suivre)
Par Q1 - Publié dans : Torchons et pâtés (Ecrits)
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus