Crumble aux pommes

Publié le par Q1

Manque d'inspiration , ce soir... je vais donc publier ici une petite histoire que j'avais écrite il y a quelques années de ça. Telle quelle à très peu de choses près, telle qu'écrite il y a 4 ans elle me plait toujours malgré quelques maladresses et manque de fluidité, mais c'est à mon image :))

Crumble aux pommes

 C’était juste un crumble aux pommes. Un brave crumble, pâte émiettée et pommes. Sucre de canne pour couronner le tout… Un simple crumble. C’est bon, le crumble, le sucré de la cassonade, mêlé à la pointe d’acide de la pomme, relevé par la pâte craquante… Un délice de dessert. Le crumble trônait sur la table, table sur laquelle l’avait précédés un taboulé au citron, un poulet et des pommes de terre frites, ainsi que le plateau de fromages sur lequel se présentaient Roquefort, Camembert, Petit Basque, et autres crottins de Chavignol…

 L’après-midi avait été ensoleillée, les enfants jouaient dans le jardin, les adultes discutaient vivement, d’autant plus vivement que la cinquième bouteille de Château Chinon en avait pris un sacré coup… Une belle après-midi où on prend plaisir à se faire plaisir, à prendre son temps, à discuter entre amis…

 La petite Irma, qui si elle avait atteint ses vingt ans il y avait maintenant six ans ne mesurait en tout et pour tout qu’un bon mètre cinquante-trois, était là comme à l’accoutumée, entourée de ses « amis »… Elle invitait ses amis au moins un dimanche par mois, Irma.

Irma : une étrange demoiselle, capable de se prendre d’affection pour une vache au point de la loger dans  son jardinet de banlieue… Cela fit son temps, et suite à une protestation massive des voisins, Marguerite avait été renvoyée dans une ferme du Millevaches moins de trois mois plus tard… Irma était quelqu’un d’étrange, mais était d’un classicisme navrant en ce qui concernait les prénoms… Son chien Médor, son chat Minou et sa vache Marguerite… difficile de faire plus banal…

Mais Irma n’était pas banale. D’abord par sa décoration corporelle personnelle, bien qu’elle préférât employer le terme « maquillage », ladite décoration consistait à se coller ces petits autocollants brillants partout sur le visage, en guise de troisième œil, de brillant sur l’oreille, de fausse larme au coin de l’oeil, et j’en passe. Sans parler du fard qui servait à cacher les disgracieusetés de temps à autre… Ce qui transformait un simple bouton en tas d’une couleur rappelant une vieille cicatrice blanchâtre, et faisait passer une éruption d’acné pour une greffe de la peau mal tolérée.

 Irma vivait donc dans un charmant pavillon de banlieue, célibataire souvent, elle ne crachait pas sur un mec de temps à autre et n’était pas pressée de se fiancer ou plutôt comme elle le disait elle même, de se faire passer la corde au cou…

Elle invitait du monde le deuxième jour du week-end pour boire et manger, se raconter les derniers potins, casser du sucre sur le dos des mégères, des salopes, des enfoiré(e)s qui vous pourrissent une semaine de dur labeur. Bref, des non-potes…  La détente normale, en somme…

 Ce dimanche là, en particulier, Irma avait préparé son gâteau fétiche : un crumble aux pommes, comme une ode à l’approche de l’automne. Le crumble fleurait bon la vanille, la cannelle, le sucre. Et la pomme aussi…

 Chacun se servit une part généreuse, et en coupa un morceau avec la cuiller. Emietta serait plus approprié, du fait de la nature même du crumble aux pommes, instable pâtisserie s’il en est.

 Irma, racontait la dernière au sujet de la secrétaire du troisième, la blonde un peu marie-couche-toi-là qui était passée secrétaire de direction alors qu’elle entrait en théorie comme adjointe secrétaire au service compta. Une qui ne devait son ascension qu’à la force des reins. Irma, donc, balançait sur la secrétaire du troisième des propos qui auraient pour le moins choqués un curé (quoique, on ne sait plus trop à qui se fier par les temps qui courent…) et enfourna dans sa jolie bouche une part de crumble. Le gâteau fut mâché promptement et avalé rapidement. Une petite miette, pas assez mâchée sans doute, décida que finalement, c’était mieux de l’autre côté et obstrua la trachée d’Irma. Irma s’interrompit dans son discours sur  la secrétaire, ses amis crurent à un effet de style. Ils changèrent d’avis en la voyant virer au bleu, alors qu’elle étouffait, toussant plus ou moins sans une chance de sortir la miette, suffisamment irrégulière pour laisser passer l’air expiré, suffisamment grosse pour permettre de suffoquer… Ses amis tentèrent une vague méthode de secourisme, mais n’est pas secouriste qui veut, et Irma n’eut en tout et pour tout qu’une côte cassée… Avant de mourir d’asphyxie, au moment où la sirène du S.M.U.R. appelé en urgence commençait à retentir au bout de la rue…

 C’était juste un crumble aux pommes.

 

 

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