La traversée de Paris

Publié le par Q1

20h05 : Gare du Nord. J'attends devant le quai du Thalys. Le train arrive.
20h10 : le flot de voyageurs se dissipe, je reconnais Naomi parmi les gens arrivant de Bruxelles. Elle est surprise, elle n'avait pas eu le mail où je la prévenais que je viendrai la chercher. Tant mieux, c'est toujours sympa de faire une surprise.
20h15 : direction Barbès-Rochechouart où la demoiselle a pris ses quartiers dans une auberje de jeunesse rue de la Chapelle. Check-in, dépôt des bagages, et on se lance dans la traversée de Paris.

Mais qui est Naomi ? Naomi, c'est une taïwanaise que j'ai rencontré à Helsinki (vu qu'elle y étudie aussi) et qui présentement fait un tour d'Europe avant de rentrer à Helsinki puis Taïwan.
Naomi a une conception qui me plait bien du tourisme : en gros, les lieux touristiques n'ont pas vraiment d'intérêt; plutôt voir le Paris des vrais gens. Et à pieds. Eh ben, allons-y.

20h30 : On entame le boulevard du faubourg Poissonnières. On s'arrête chez un épicier d'origine nord-africaine qui ferme tard (en politiquement incorrect un "arabe-du-coin" acheter une poire. Bon, jusque là, il ne s'esr rien passé. Avance un peu rapide.

21h et des brouettes : arrivés au niveau du grand Rex, je lui demande si elle ne craint rien. Elle me dit que non pourquoi ? je lui explique qu'on peut rejoindre les Halles par la Rue Saint-Denis, avec ses travailleuses du sexe (politiquement incorrect : putes) et ses dealers. Elle arrive d'Amsterdam, et je suppose qu'effectivement, après le Red Light District, la rue Saint Denis... c'est une équipe de seconde division qui affronte une sélection nationale.
A peine 50 mètres après le début de la rue, première prostipute. La qualité est bonne, jeune et jolie (oui, mais pute... désolé, je paie pas pour un service que je peux obtenir gratos et avec un peu plus de coeur en prime). Plus on avance, plus on remarque que la pute standard tend à vieillir, grossir, bref... On en a déduit le téhorème suivant :
"Sur l'axe dit Rue Saint Denis, la qualité de la prostituée est proportionnelle à la distance qui vous sépare des Halles".

21h30 : on arrive au forum des Halles, Naomi me signale que si on lui demandait son impression de Paris à ce moment là, elle parlerait de putes et de sex shops. Bon, ben pourquoi pas. En mon for intérieur, je me dis quand même qu'il faudrait relever le niveau intellectuel.

On passe dans un restaurant français avec des produits équilibrés et des prix raisonnables (politiquement incorrect : flunch), on se pose le temps de dîner, mais surtout le temps que la pluie cesse ou revienne à un niveau décent... Car oui, il s'est mis à pleuvoir. Second théorème : plus on approche des Halles, plus il pleut. Il faudra expérimenter pour savoir si l'hypothèse "la qualité de la pute est inversement proportionnelle au niveau de précipitations" a un fondement quelconque.

De là, ça commence à merder. Je me dis, on va aller vers la Seine, Notre-Dame, le quartier latin, tout ça... Je me suis retrouvé derrière les Halles, à côté de la bourse du Commerce (Naomi a aimé l'architecture, ça m'a bien arrangé, quand même, parce qu'en mon for intérieur je me sentais un peu con). Le soleil finissait de se coucher, la lumière était jolie, on est repartis. Et là, comment j'ai fait, je sais pas, mais on s'est retrouvés devant le Louvre. Quand je visais Notre-Dame. C'était pas mon jour, mais le sien si, puisqu'elle souhaitait vraiment voir la pyramide dudit Louvre. Ainsi fut-il.

On repartit par le pont des Arts, admirant au passge une jolie expo, et arrivés devant l'institut de France, nous tournâmes à gauche avant d'enquiller la rue de Nevers (pour ceux qui ne connaissent pas, c'est juste une jolie rue étroite qui se finit sur l'impasse de Nevers (très courte avec un lierre tombant d'une fenêtre. Assez désuet, comme charme, mais charmant quand même)
puis la rue de Nesle pour retomber en plein Saint Germain des Prés. De là, en ligne plus ou moins droite, on arrive à l'Odéon, de l'Odéon au Luxembourg, et du Luxembourg à un fast-food de marque américaine très répandu dans le monde (oui, macdo) où l'on célèbre son anniversaire à coups de Mc Muffins (oui, j'ai vu mieux aussi... en plus on a même pas eu le clown !), puis on se plante 30 minutes dans un cybercafé afin qu'elle envoie quelques mails.

0h40 : On sort du cyber-café, il pleut toujours plus ou moins. On remonte sur la place du Panthéon, et là... c'est le drame. J'avais COMPLETEMENT oublié que le métro fermait vers 1h.
Or donc, on se dépêche vers Jussieu, pas de bol, le dernier métro va vers le sud quand notre objectif est plutôt de remonter vers Barbès.
On se retrouve à prendre un bus de nuit qui nous largue à Châtelet. Il est 1h20.
Un premier bus N14 nous passe devant sans s'arrêter pour cause d'arrêts mal foutus (selon l'affichage il DEVAIT s'arrêter à notre arrêt). Du coup, on remonte de 100m vers le bon arrêt et on attend, une demi-heure, sous la pluie. Je suis en t-shirt, il fait frais, je suis humide. Ca craint !
1h51 : le bus se pointe. A la gare de l'Est, on se sépare. Naomi redescendra deux stations plus loin à Rochechouart.

Moi, je suis parti dans l'optique de rallier Colonel Fabien à pinces, ce qui se fait SAUF si on prend l'avenue du faoubourg saint Martin vers le nord. Con de moi ! un petit kilomètre aller-retour pour du beurre. Un gros barbu me voyant passer mouillé et seul me propose de rentrer prendre un verre dans son bar. La bar affiche un rainbow flag, les tabourets sont sur les tables, je ne me sens pas l'âme exploratrice ce soir, je suis crevé, j'ai mal aux pieds (j'y reviendrai) et je suis attendu par un Flop qui ne demande qu'à aller se pieuter. Je décline donc son offre amicale et je reste hétérosexuel.
Je finis par arriver sur le quai de Jemmapes, me paume entre le Quai de Jemmapes et la rue Claude Villefaux (regardez un plan, faut le faire !), et je finis par arriver chez mon bon Flop froid, mouillé, et une chaussette cradée à mort par la présence massive d'hémoglobine entre les fibres textiles de son bout.
Une dernière traduction :
mes tenis me serrent un peu les pieds. Mon ongle de petit orteil gauche est donc (au fil des ces heures de marche) venu ronger une entaille dans le côté de mon quatrième orteil qui a gentiment saigné dans la chaussette. Une paire à la poubelle, une.

Voilà. Moi je dis, Paris by night c'est bien, mais sous la pluie, et en loupant le dernier métro... ça peut devenir un chouya chiant. Le mieux dans tout ça, c'est que Naomi était toute contente de me revoir ce matin, qu'on a fait un tour Montmartre-Pigalle-Musée de l'Erotisme, et que normalement elle vient passer le week-end chez moâ dans la campagne (un autre aspect de la France, quoi). Promis, j'essaie de pas la paumer dans la forêt de Fontainebleau !

Publié dans Capharnaüm (Divers)

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